La prévalence de la violence conjugale au sein d’une population est difficile à évaluer. Ni les données policières, ni les enquêtes populationnelles ne parviennent à rendre compte de toute l’ampleur du problème.
Les statistiques portant sur les crimes rapportés à la police (données policières) fournissent une image très partielle du phénomène puisqu’elles ne compilent que les formes criminelles de la violence conjugale, soit les infractions inscrites au Code criminel commises dans un contexte conjugal. Plus encore, tous les crimes ne sont pas rapportés aux autorités policières. Dans l’Enquête sociale générale de 2009, seulement 21,8 % des Canadiennes et Canadiens ayant été victimes de violence physique ou sexuelle de la part d’un conjoint ont déclaré avoir rapporté l’incident à la police.1
Bien que les enquêtes populationnelles permettent une meilleure appréciation de l’importance de la violence conjugale, elles sous estiment tout de même l’ampleur réelle du phénomène.2, 3 Premièrement, ces enquêtes misent sur les déclarations de répondants qui, pour différentes raisons (honte, culpabilité, embarras, méfiance), peuvent ne pas être disposés à révéler la violence qu'ils subissent à l'intervieweur.4 Deuxièmement, les enquêtes reposent souvent sur des définitions étroites de la violence. Par exemple, dans l'Enquête sociale générale 2009, les taux de violence conjugale ont été établis sur la base des actes de violence physique ou sexuelle. Or, cette définition exclut certaines formes de violence, comme la violence psychologique ou l’exploitation financière.
Données policières – Canada
Tous les ans, Statistique Canada publie les données de violence conjugale déclarée par la police de chaque province à partir des données du Programme uniforme de la criminalité fondé sur l’affaire (DUC 2). « Les infractions criminelles qui s’appliquent le plus souvent aux cas de violence conjugale comprennent les voies de fait, l’agression sexuelle, le harcèlement criminel, les menaces de violence, la séquestration et l’homicide ».5
- Au Canada, en 2007, 40 165 victimes de crimes conjugaux de 15 ans et plus ont rapporté la violence subie aux services de police. Parmi les victimes, on comptait 33 227 femmes (83 %) et 6 938 hommes (17 %).5 Source: DUC 2 - Statistique Canada
- Au Canada en 2009, 41 % des affaires de violence contre des femmes déclarées à la police ont été commises dans un contexte conjugal.6 Source: DUC 2 - Statistique Canada
Données policières – Québec
Tous les ans, le ministère de la Sécurité publique du Québec (MSP) publie les statistiques de la criminalité commise en contexte conjugal. Les données sont compilées à partir du Programme de déclaration uniforme de la criminalité fondé sur l’affaire (DUC 2).
Statistiques de la criminalité commise dans un contexte conjugal au Québec
Qu’est-ce qu’une infraction commise en contexte conjugal?
- Une infraction contre la personne dont la victime est âgée de 12 ans et plus et dont l’auteur présumé est son conjoint, son ex-conjoint, son ami intime ou son ex-ami intime.
Quelles sont les infractions considérées?
- Homicide, tentative de meurtre, voies de fait, agression sexuelle, enlèvement, séquestration, harcèlement criminel, menaces, appels téléphoniques indécents ou harassants, intimidation.
- Au Québec, 18 180 infractions contre la personne commises dans un contexte conjugal ont été rapportées à la police en 2009. Ces crimes ont fait 14 891 victimes féminines (82 %) et 3 289 victimes masculines (18 %).7 Source: DUC 2 - MSP
- Au Québec, entre 2000 et 2009, le taux de criminalité commise en contexte conjugal a connu une légère augmentation de 4,6 %.7 Source: DUC 2 - MSP
Enquêtes populationnelles
Mesure de la violence conjugale au moyen de l’Enquête sociale générale
Tous les cinq ans, Statistique Canada mène le cycle sur la victimisation dans le cadre de l’Enquête sociale générale (ESG). Le plus récent cycle de l’Enquête portant sur la victimisation a été réalisé en 2009. Les 10 questions servant à mesurer la violence conjugale (physique ou sexuelle) s’adressaient à « tous les répondants qui sont mariés ou qui vivent en union libre au moment de la tenue de l’enquête, ou qui ont eu des contacts avec leur ex-partenaire au cours des cinq années précédentes (…)».1 Ces questions sont tirées de l’Enquête sur la violence envers les femmes de 1993, qui elles, s’inspiraient des items du Conflict Tactics Scale (CTS). Les actes violents documentés dans cette enquête sont les suivants:
menacer de violence; pousser, empoigner ou bousculer; gifler; donner des coups de pied; mordre; frapper; battre; étrangler; menacer à l’aide d’une arme à feu ou d’un couteau; ou forcer à se livrer à une activité sexuelle. Il est à noter que des questions sur la violence psychologique et l’exploitation financière font également partie de l’Enquête, mais celles-ci n’entrent pas dans le calcul global du taux de victimes de violence conjugale.1 Puisque les données de l’Enquête sociale générale sont colligées directement auprès des victimes, on parle de violence conjugale autodéclarée, ce qui la distingue de la violence conjugale rapportée aux autorités policières.
- Une proportion similaire de Canadiennes (6,4 %) et de Canadiens (6 %) déclarent avoir été victimes de violence physique ou sexuelle infligée par un partenaire actuel ou ancien entre 2004 et 2009. Les femmes rapportent cependant une violence plus grave et plus souvent répétitive.1 Source: ESG 2009
- Les Canadiennes (20,1 %) sont plus susceptibles de rapporter avoir été victimes de violence physique ou sexuelle infligée par un ex-partenaire entre 2004 et 2009 que les Canadiens (14,2 %).1 Source: ESG 2009
- Cinq pour cent des Québécoises et des Québécois (5,3 %) déclarent avoir été victimes de violence physique ou sexuelle infligée par un partenaire actuel ou ancien entre 2004 et 2009. Il s’agit d’une diminution depuis 1999 (7,4 %).1 Source: ESG 2009
- Entre 1999 et 2009, le taux de violence conjugale (physique et sexuelle) a connu une diminution significative tant au Québec qu’au Canada.1 Source: ESG 1999, 2004, 2009
Évolution du taux de violence conjugale (physique ou sexuelle)
autodéclarée dans l'Enquête sociale générale
| | 1999 | 2004 | 2009 |
| Canada |
7,4 % |
6,6 % |
6,2 % |
| Québec |
7,4 % |
5,4 % |
5,3 % |
Source: ESG 1999, 2004, 2009
La théorie de la symétrie de la violence conjugale
Les données d’enquêtes populationnelles sur la violence conjugale réalisées avec l’instrument de mesure Conflict Tactics Scale - CTS, ou à partir d’instruments s’en inspirant, ont soulevé le thème de la symétrie de la violence conjugale.3 Cette théorie soutient que les femmes sont aussi violentes que les hommes envers un partenaire dans le couple, puisque ces enquêtes ont fait état de taux de victimisation dans un contexte conjugal similaires entre les deux sexes (ex. National Family Violence Surveys, 1975, 1985). Or, les données des enquêtes réalisées avec le CTS ou un instrument semblable diffèrent des données provenant des services sociaux et de sources policières, lesquelles montrent que les femmes sont davantage victimes de violence conjugale, incluant dans les cas d’homicides conjugaux. Malgré son utilisation dans plusieurs enquêtes, le CTS mesure la prévalence de la violence conjugale d’une manière qui ne fait pas consensus chez les chercheurs. Ainsi, la victimisation dans le couple est mesurée par le fait de rapporter avoir subi au moins un incident de violence physique ou sexuelle sur une période donnée, ce qui ne permet pas de connaître la fréquence, la gravité et les conséquences de la violence subie.3, 8, 9 De plus, cet instrument ne tient pas compte du contexte de l'incident violent (auto-défense, résistance violente, contrôle, domination, etc.) et exclut la violence psychologique.3, 8, 9 Cette façon de mesurer la prévalence de la violence expliquerait les taux similaires de victimisation entre les hommes et les femmes. Toutefois, les experts qui critiquent la théorie de la symétrie de la violence dans le couple reconnaissent que les femmes peuvent effectivement exercer de la violence envers leur conjoint, mais insistent sur l'importance de demeurer vigilants quant à la définition de la violence qui sous-tend cette théorie, et par le fait même, quant à l'interprétation qui peut être faite de ces données d'enquêtes.3
Gravité de la violence conjugale
Entre 1999 et 2009, parmi les victimes de violence conjugale canadiennes, davantage de femmes que d’hommes ont rapporté des incidents de violence conjugale grave. Ces différences entre les hommes et les femmes sont significatives et demeurent dans le
temps.6, 10, 11
Taux de victimes rapportant des incidents de violence conjugale grave (physique ou sexuelle)
au Canada selon le sexe
| Gravité des incidents de violence conjugale | 1999 | 2004 | 2009 |
| Hommes | Femmes | Hommes | Femmes | Hommes | Femmes |
| A subi 11 incidents et plus |
13 % |
26 % |
11 % |
21 % |
7 % |
20 % |
| A été agressé(e) sexuellement, battu(e), étranglé(e), menacé(e) avec une arme à feu ou un couteau |
16 % |
43 % |
16 % |
39 % |
10 % |
34 % |
| A été blessé(e) physiquement |
13 % |
40 % |
19 % |
44 % |
18 % |
42 % |
Source : ESG 1999, 2004, 2009
- Dans l’Enquête sociale générale de 2009, les femmes étaient plus susceptibles que les hommes (20 % des femmes et 7 % des hommes) de déclarer être victimes de violence chronique (11 incidents ou plus de violence).6 Source : ESG 2009
- Dans l’Enquête sociale générale de 2009, la majorité des répondants victimes de violence conjugale au cours des cinq dernières années ont rapporté un seul incident (60 % des hommes et 43 % des femmes).6 Source : ESG 2009
- Dans l’Enquête sociale générale de 2009, les victimes féminines de violence conjugale étaient trois fois plus susceptibles que les victimes masculines de craindre pour leur vie (33 % contre 5 %).6 Source : ESG 2009
- Dans l’Enquête sociale générale de 2009, les femmes étaient plus susceptibles que les hommes (34 % des femmes et 10 % des hommes) de rapporter les formes les plus graves de violence (avoir été agressées sexuellement, battues, étranglées, menacées avec une arme à feu ou un couteau).6 Source : ESG 2009
- Dans l’Enquête sociale générale de 2009, les hommes étaient plus susceptibles que les femmes (36 % des hommes et 13 % des femmes) de rapporter les formes les moins sévères de violence (avoir reçu des coups de pied, s’être fait frapper ou mordre ou s’être fait frapper avec un objet).6 Source : ESG 2009
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- Statistique Canada (2005). La violence familiale au Canada: un profil statistique 2005. Ottawa : Statistique Canada.